Partager l'article ! Georges Hainnaux dit Jo-les-cheveux-blancs dit Jo-la terreur: Je viens d ...
Je viens de terminer la lecture des "Pégriots" d'Auguste Le Breton. Non pas que ce soit un monument de la littérature car au contraire je trouve ça pas très bien écrit, du moins c'est mon avis, mais quelle tranche
d'histoire !
Georges Hainnaux alias Jo de Boulogne alias Jo les cheveux blancs alias Jo la terreur, est un personnage qui a vécu et vu
beaucoup de choses et croisé pas mal de célébrités.
Une belle tranche de vie que ce gars là, une descente dans les bas-fonds. Cela reste pour moi un monde dont je ne me sens aucune affinité, mais autant j'en ai aucune avec ce monde souterrain que
je ne m'en sens aucune avec celui des "grands" de ce monde, qui d'ailleurs vont bien ensemble, comme on le lit dans ce livre. Pour une fois je me sers de
l'iconographie d'autres sites, mais je mets les liens qui y correspondent.
Cela commence vers 1900, la jeunesse avec son père alcoolique et violent, la fuite de la maison familiale et la fréquentation des forains où il rencontre "Boucle d'or" dont il se lie d'amitié avec son fils, la prison en Belgique, sa fuite et une période de deux ans d'esclavage dans les mines du Nord de la France à 14 ans. Puis la rencontre avec René Lambert dit le "Grand René de Londres", une des pointures du milieu, évadé des bagnes militaires genre Biribi et dont il devient le fils spirituel.
Georges est un boxeur et même un fichu cogneur. Remarqué, il servira même de modèle au sculpteur Eloff, pour une statue exposée à Prétoria (Afrique du Sud) et aurait pu avoir une carrière pro.
Dans le café fréquenté par "l'équipe de fer" on y voit Bonnot qui vient haranguer les clients. Il rencontre aussi Fréhel. On y voit les liens mondialistes de cette pègre, Londres, Buenos-Aires et l'Amérique du Sud.
C'est la période des apaches, des "fortifs" et des bals musettes.
Ce qui est amusant c'est tout les surnoms (et les noms connus) de ces voyous qui agrémentent le récit :
Le vieux Gréco, Jean le tatoué, Bonaventure Carbone, Lidro Spirito, Charlot Paletot de cuir, Adrien le Basque, Jean les yeux bleus, Raoul le Dingue, Louis de la Java, Joseph le capitaine des corses, Les frères Stefani, Jo les gros bras, Jo Trappe, Jo le Balafré, Jo les grands pieds, les frères Traucaze, Bébert l'Algérien, Coco Gâteau, Charlot la Bourre, Bicot de Montparnasse, Alphonse Miroir, Jean de la Villette, Les frères Lafitte, Pitus de Grenelle, Michel des Gobelins, Le baron de Lussatz, Milo Jacquot, `Lucien l'Avocat, Trombine, Antoine Scapagna, Bibi l'assassin, Le grand René de Londres, Maurice le Flambeur, Charlot l'éventré, Dédé nez cassé, Léon les chiens, Titin, Raoul le Fou, Chocolat le rencardeur, Gégéne des Gravilliers, Tché-Tché, Dédé de Dunkerke, Pattes-de-dinde, Julot le Boulonnais, Mégot, Julot le voûté, Le grand Pivoine, Paulo le bigle, etc.
Jo va devenir le garde du corps de Stavisky,
méfiant devant ce gars de la "haute", il se liera vite d'amitié en voyant que ce dernier est un escroc au passé qui n'a rien à lui envier. C'est un passage assez intéressant dans lequel les
hommes politiques et financiers viennent allégrement se graisser la patte avant que, plus tard, le fameux scandale éclate. Il a bien du mal a éclater d'ailleurs, car nombre de gens haut-placés
étouffent toutes les tentatives judiciaires envers Stavisky, qui est une sorte de Madoff avant l'heure.
Jo deviendra le dépositaire des talons de chèques de Stavisky, tant recherchés, soit par la justice, soit par ceux dont les noms apparaissent.
Sinon rien d'extraordinaire dans le parcours, des assassinats, des règlements de compte, du racket envers les maquereaux et
souteneurs et cette exploitation des femmes qui hélas, n'est pas de l'histoire ancienne, bien au contraire.
Mais c'est une sacrée page d'histoire, de la petite histoire mais c'est de tous ces faits que se tricote aussi la grande Histoire.
Un passage aussi sur la seconde guerre, les malfrats au service de la gestapo de la triste rue Lauriston dont Bonny, un policier rencontré lors de l'affaire Stavisky.
Une rencontre, brève, avec Violette Morris, qui a l'air d'une sacrée femme, sportive de haut niveau puis, collaboratrice des Allemands, sera exécutée en 1944 par le maquis.
(Dans le livre, Jo n'a rien à voir avec les tristes figures de la rue Lauriston, ni avec Violette Morris. Dans d'autres
sites, il est dit qu'il en faisait partie et qu'il était l'amant de Violette).
Aussi une rencontre amicale avec Jean Gabin, qui lui procurera des petits rôles dans ses films
Jo a échappé à un nombre élevé de tentatives d'assassinat, il aurait mérité un autre surnom que celui de Jo la Terreur, surnom donné par Simenon et qui remplacera celui de Jo-les-cheveux-blancs.
Il y a aussi en filigrane l'histoire d'Eugéne des Gravilliers, maître des cercles de jeux clandestins et indicateur notoire,
un des plus côté par la police, à qui il a permis de résoudre nombre d'affaires.
D'ailleurs quand Simenon dans un article le traite de minable indicateur, "Gégéne" se paye le luxe de faire publier dans Paris-Soir un rectificatif : "Réponse à M. Simenon, je ne suis
pas le petit indicateur, ainsi que m'a désigné M. Simenon, mais le premier indicateur de France. C'est moi qui suis responsable de l'arrestation de Charrier, le tueur du train 5, de la bande des
polonais, de celle de l'assassin de la rue Mozart et de beaucoup d'autres, que M. Simenon se renseigne".
Simenon, qui est vite retourné en Belgique pour éviter tout problème.
Les indicateurs n'étaient pas du tout bien vu à cette époque (Jo en a rossé plus d'un), Gégéne en était soupçonné, mais là il dévoile publiquement son autre facette. Il ne craint pas la pègre
qu'il ne porte pas dans son coeur et a toujours son marteau à portée de main en cas de coup dur. Il mourra de
vieillesse.
Une tranche donc d'une histoire du XXème siècle, pas forcément à lire mais à savoir qu'elle existe.
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